Bass Interview #32 (fr) : Ganon

Après avoir signé sur de gros labels comme Never Say Die et Circus Records, nous avons eu l’occasion d’interviewer Ganon, jeune artiste tourangeau. Aux côtés de SampliFire, Ivory ou encore Ecraze, Ganon est l’une des figures de proue de la nouvelle vague Dubstep française, entre violence, rythme et sound design travaillés aux petits oignons. Un travail techniquement impressionant et varié en somme. Bonne lecture !

01 – Du Riddim au Jump up, tu t’es inscris dans un style plutôt minimal, d’où te viens cette influence ?

J’ai jamais écouté de trucs commerciaux. D’abord, j’ai commencé par l’Electro mais à cette époque j’écoutais déjà peu de sons qui passaient à la radio. C’était plus de l’Electro pas trop connue, j’étais toujours à la recherche d’artistes. Je pense que j’ai gardé ce côté underground, c’est aussi pour ça que je me suis tourné vers un Dubstep pas trop commercial et plutôt pointu. Je me situe pas vraiment comme un artiste Riddim d’ailleurs, plus dans une vibe entre commercial et Riddim justement. Même chose pour le Jump Up et pas de la DnB dans un style plus connu. Du coup je pense que j’ai fait le bon choix ! J’ai commencé vers 2010, il y a 7 ans à peu près. Je m’y suis mis assez tard, j’ai 27 ans et j’ai commencé à écouter vraiment de la musique vers 19-20 ans. Les premiers sons que j’ai écouté étaient avec Ajapai, P0gman ou Megalodon. C’est là que j’ai découvert le style Riddim, et je me suis énormément inspiré de ça !

02 – C’est vrai qu’il y a une touche Megalodon dans ton sound design !

Surtout dans mes premiers tracks ! J’avais un synthé qui faisait assez Megalodon et c’est vrai que sur Soundcloud j’avais toujours droit au commentaire «sounds like Megalodon », c’était marrant. C’était Megalodon mais à ma sauce. Depuis j’ai arrêté de mimer les styles des autres et j’ai pu développer mon propre style.

03 – Parlons de ce sound design très particulier, très froid et métallique, comment choisit-on sa patte ?

Des heures de geekage ! Suivre des tutos au début, puis tester énormément de choses. Il ne faut pas hésiter à passer, des fois, 10 heures sur le PC la même journée. Puis au bout d’un moment, tu obtiens une certaine méthode de production, d’où tu tires ta patte. C’est aussi des tests de logiciels : j’ai commencé sur FL Studio, mon ordi a planté, j’en ai profité pour investir dans un Mac et essayer Logic Pro. C’est vraiment à ce moment là que j’ai eu cette patte un peu froide, métallique comme vous dites. Ça prend des années ! 5, 6 ans que je fais du son et il m’a fallu plus d’un an pour travailler tout ça.

04 – Désormais artiste international, tu étais cet été à Montréal. C’était comment ?

C’était quasiment un aller-retour ! Le lendemain je mixais à Propulsion sur Paris, pourquoi pas une tournée plus tard ! C’était la 2e fois cette année, quasiment un an après jour pour jour depuis la 1ère. Montréal c’est toujours le feu, une des capitales du Dubstep, notamment du Riddim. Le public est fou, je dirais un peu plus expressif qu’en France, mais dans les deux sens du terme. Si ils kiffent, ils vont le montrer, headbang dans tous les sens, alors que si ils n’aiment pas : ils vont s’arrêter de danser et aller fumer une clope ! Ça m’ai jamais arrivé heureusement mais j’ai entendu des échos, pour ma part ça reste un des meilleurs publics, puis Montréal est la ville parfaite.

J’envisage peut-être de m’installer là-bas, le peu de temps que j’y ai passé était exceptionnel. Les gens sont souriants, une mentalité un peu à l’américaine sauf qu’ils parlent français ! Tout est plus grand là-bas : t’aimes manger, tu vas trouver, tu veux t’amuser, tu vas trouver… C’est vraiment un objectif pour moi. J’ai envie de faire quelques trucs à Paris : un EP, des collabs, ensuite je pourrais partir. Pour l’instant j’ai des contacts à Montréal et Los Angeles où j’ai des projets aussi. Peut-être que dans un an ça sera plus le cas alors autant battre le fer tant qu’il est chaud !

05 – Et avec tout ça, tu trouves encore le temps d’aller en soirée ou le devant de la scène t’es désormais «interdit» ?

Hônnetement je vais plus trop en soirée. Il m’arrive de sortir un peu à Tours. J’ai des amis, Oh Mega, qui organisent et ça m’arrive d’y aller pour soutenir les potes ! Par contre à Paris, ça commence à faire un moment. Avant je faisais toutes les Animalz, maintenant j’ai énormément de choses à bosser et je préfère ne pas me disperser. C’est vrai qu’aller en soirées, en tant que producteur, donne souvent de l’inspiration. Quand je rentrais de soirées, il y avait forcément une vibe qui me restait en tête que j’avais besoin de poser directement. C’est vrai que c’est un avantage, ça permet de s’amuser, de voir ses potes, sentir le public. C’est l’occasion de rencontrer des fans, ça fait plaisir !

C’est vrai que ça manque un peu mais quand tu es producteur, tu as besoin d’énormément de temps chez toi, pour produire. Certains, comme Dubloadz ou LAXX, sont tout le temps en soirées tout en ayant le temps de produire. Mais c’est des mecs capables de faire une prod en un jour ou deux. Ils ont le talent de faire un track vraiment complet, ce que les gros labels attendent. Je pense que c’est un rythme à prendre. Je fais pas encore de tournées, je suis qu’au début je l’espère, je mix que de temps en temps.

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Hydraulix / Barely Alive / Dubloadz / LAXX / Habstrakt / Supreme

 

06 – Tu as récemment signé chez NSD : Black Label et Circus Records, qu’est-ce que ça fait et comment fait-on pour en arriver là ?

Déjà ça fait plaisir quand on te présente des projets pros comme ceux-là forcément ! Ça fait longtemps que j’y pense, c’est aussi pour ça qu’on fait de la musique ! On fait tout ça parce que ça nous plait évidemment, mais il faut aussi un peu d’ambition ! La musique c’est du travail, c’est pas un monde où tu arrives au sommet comme ça. Il faut le talent et travailler dur, même si j’avais pas spécialement de talent au début. Je n’étais pas du tout musicien à la base, je n’avais pas de notions de musique. J’ai juste arrêté mon BTS MUC pour me mettre au son, puis je suis allé prendre des infos à Paris ! Je trainais avec Thom (Ecraze), on a bossé une semaine entière. Tu peux faire du son avec des tutos et un peu de talent mais je pense que tu as besoin de quelqu’un qui te montre la chose, parler à d’autres producteurs. Avant, je faisais mes mixdowns un peu sans comprendre puis on m’a expliqué vraiment à quoi correspond chaque chose. Ça, ça m’a vraiment aidé.

07 – Parlons mix ! Ça fait combien de temps que tu mixes ?

Ça fait environ 10 ans que je mixe, j’ai commencé bien avant la prod. Je mixais à des anniversaires (on a tous commencé comme ça) directement sur le pc, j’avais pas de controleur, c’était Virtual DJ, à base de vieux sons Electro. Puis j’ai évolué, j’ai eu mon premier controleur. À ce moment là j’ai commencé à faire du son et à abandonner progressivement le mix pour me focus sur la prod. Je pense que lorsque tu sais mixer, t’as pas vraiment besoin de t’entrainer, c’est avant tout une oreille. Après, je suis passé sur CDJ, au moment où j’étais chez Ecraze. Ils m’ont dit : «Arrête ton controleur, on va t’apprendre à mixer». C’est un ami commun qui m’a appris sur des 900 Nexus à l’époque. Ca change tout ! Pour l’anecdote, je me préparais pour Animalz, c’était ma 2e date sur CDJ, la 1ère en B2B avec Ecraze juste avant. Ça a été assez crescendo dans l’ensemble. Puis je préfère produire que mixer.

J’adore mixer, être avec ses potes, faire kiffer le public, donc je travaille toujours quelque chose pour eux. Mais je suis pas le genre à mixer tout le temps chez moi, d’ailleurs, j’en ai enregistré aucun. J’ai même pas vraiment le matos, j’utilise toujours mon 1er controleur en carte son externe ! C’est le mix qui m’a amené à produire, je mixais des sons mais c’était pas les miens. C’est là que j’ai vraiment ressenti le besoin de faire ma musique. Et puis le pied final, ça reste de mixer ses propres sons ! En règle générale je peux passer une quinzaine de mes sons dans un set, c’est plutôt pas mal. Et puis les gens sont aussi là pour ça, pour entendre tes sons, ton style. Ça fait plaisir de voir ça surtout quand tu as la chance de te produire devant un public connaisseur comme le public français ou canadien.

08 – Une dernière question pour nos amis producteurs : comment tu trouves l’inspi, et surtout, comment fais-tu pour la conserver ?

Aller en soirée, échanger des tips. C’est quelque chose que l’on fait énormément entre producteurs, on échange beaucoup de conseils. Et la première chose que j’ai envie de faire en rentrant c’est de les appliquer ! C’est important de sortir. L’inspiration, c’est pas vraiment quelque chose que tu peux décrire, ça va ça vient et ça dépend d’énormément de choses. Si tu vas bien dans ta vie, tu seras plus enclin à trouver l’inspi. Tester de nouveaux logiciels aussi ! Quand j’en ai eu marre de Massive, je suis passé sur Serum pour avoir d’autres possibilités et de nouvelles idées. Ça m’a permis d’améliorer ma patte justement.

Teste des nouveaux trucs ! Et si t’as pas d’inspi seul, il reste les collabs pour t’aider ou te relancer avec de nouveaux synths que tu vas pouvoir retravailler. Les collabs font partie intégrante de l’inspi pour moi. J’ai eu une année un peu à vide où j’en ai fais un paquet. Tu apprends des autres artistes, c’est compliqué de rester dans son coin. Il faut aller vers les gens, demander des conseils, des avis, des critiques. J’envoie souvent mes prods à Samy (SampliFire) et Andy (Ivory) pour leur demander ! Si j’ai un conseil à donner : persévère ! Si au bout d’un an ou deux, ça ne marche pas, continue. Un beau jour, peut-être qu’un grand artiste va te repérer, je ne serais peut-être pas là sans certaines rencontres. Alors restez ouverts et ne lâchez pas !

C’est donc sur ces sages paroles que se conclu notre interview. Retenons donc ses précieux conseils : patience est mère de vertue, et la vie d’artiste est bien loin d’une ballade de santé. Acharnement et vigueur sont les clés de la réussite pour vivre de votre passion, la musique (ou autre, comme vous voulez), et ce n’est pas quelques sessions sur Ableton qui font un artiste. Un rêve aussi grand nécessite énormément de travail, d’essais et également son lot d’erreurs et de chance. C’est avec grand plaisir que nous avons pu vous livrer cette interview, un grand merci à Ganon pour nous avoir accordé ce temps ! On se retrouve très bientôt pour de nouvelles interviews.

BASS IS LIFE, BASS FOR LIFE

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