Bass Interview #29 : Shiverz x Obey

À l’occasion de la neuvième édition d’Animalz qui a lieu ce samedi, l’équipe de Chwet nous a laissé poser quelques questions à Shiverz et Obey pour cette nouvelle Bass Interview !

01. Pour commencer cette interview, une petite question que nous posons à tous les artistes. Quelle est l’origine de vos noms d’artistes ?

Obey : Tout cela a commencé quand j’avais l’habitude de mixer uniquement pour mon plaisir. J’avais une table de mixage chez moi et je jouais souvent en faisant des mix pour ma satisfaction personnelle, juste parce que j’en avais marre de zapper des sons sur mon iPod. Et puis, à un moment donné, j’ai été invité à jouer à une petite fête organisée par une fondation à but non lucratif dirigée par mes amis. Ils avaient l’habitude d’organiser des petites soirées pour donner aux gens un peu d’audience et de faire en sorte que les groupes à venir et les Dj’s puissent faire une performance pour une petite foule. Un jour, l’usine (où ils avaient créé leur petit lieu et leur bureau) a brulé à la suite d’un travail de construction, et le feu a brulé tout le sound system sans exception et tout ce qu’ils avaient pu construire au fil des années. Les Dj’s qui avaient l’habitude de mixer à ces petites fêtes ont décidé de créer une collecte et de faire un petite compilation CD pour recueillir des fonds en vue de leur offrir pour les aider à se relever. Le track sur ce CD a été ma première production et je n’avais même pas encore de nom de scène, car comme je l’ai dit, c’était juste un passe-temps. Donc, pour mon nom, j’ai simplement acheté de nouveaux vêtements et l’un des articles que j’ai acheté était un chapeau Obey que j’aimais beaucoup. Alors j’ai pensé, pourquoi ne pas simplement utiliser Obey comme nom d’artiste. C’est un mot qui a de la puissance, et les gens vous obéissent réellement lorsque vous mixez, ils obéissent au son d’une certaine façon. Je ne pensais pas non plus que ma musique prendrait une ampleur pareille, mais je me suis laissé aller, et maintenant nous en sommes là (rires).

Shiverz : Mon nom de Dj était d’abord Dj MAD quand je jouais de la Grime avant de rentrer dans le Dubstep et Shiverz est apparu.

02. Comment avez-vous découvert la Bass Music ? Comment est-ce devenu une passion pour vous ?

Obey : La Bass Music a toujours fait partie de ma vie. Ça a commencé quand j’étais très jeune (vers 6 -7 ans) quand j’ai eu plusieurs cassettes (oui, old school) avec de la vieille Electro et de la House. Quand j’ai grandi j’ai connu le Hardstyle, le Hardcore et aussi la Drum and Bass. Ensuite, à environ 16 ans, j’avais un travail en tant que livreur de nourriture. Un soir, je devais finir mon service et mon manager écoutait Rusko – «Jahova» quand il comptait la caisse. Ça a été ma première rencontre avec le Dubstep. Je m’en souviens comme si c’était hier. Et je ne suis jamais tombé amoureux d’un style de musique avant celui la.

Shiverz : Des gens comme Hatcha, Artwork, Jakes, Benga, Skream, Mala, Coki, N-Type, Chef, Henny G et la liste continue mais ces gars sont ceux qui m’ont mis dans le bain car on vient du même milieu et on connaissait les mêmes gens. Aussi grâce aux gens du Shoreditch à Londres.

03. Vous vous produisez maintenant sur de très gros évents Bass Music comme Animalz ou Rampage, quel est le sentiment qui nous traverse quand on s’apprête à monter sur ce genre de scène ?

Obey : En toute honnêteté ( je veux dire pour moi), ça dépend de comment on se sent ce jour là, je suis toujours un peu nerveux. Une chose qui m’est arrivée pas mal de fois c’est quand je deviens stressé je commence à bailler à plusieurs reprises avant un set. C’est les nerfs qui font ça je suppose. Même quand c’est pour des publics peu nombreux, c’est toujours une nouvelle expérience. Mais souvent, dès que j’appuie sur play sur mon premier track et que je fait mon premier mix je ressens l’énergie du public et l’électricité dans l’air. Une sorte d’énergie qui vient du fin fond de mon âme se déploie, alors je me sens 100% en confiance et j’apprécie chaque instant du set!

Shiverz : Les sentiment que je ressens sont comme des papillons dans le ventre. Parfois je panique si le public est énorme mais c’est aussi plus d’émotions quand tu entends la foule qui est complètement folle alors que c’est à ton tour de jouer.

Obey at Animalz 7

04. Pour Shiverz : Introduis-tu souvent du Garage dans tes tracks ? Qu’as-tu à répondre aux gens qui disent que le Dubstep est mort en Angleterre ? Que penses-tu des scènes actuelles de ton pays ?

Je mixais du Garage avant d’être dans la Grime et le Dubstep. Mais la question de si le Dubstep est mort en Angleterre, pour les genres qu’ils appellent le Riddim, il n’y en a pas. La scène qui tend à la rave a vraiment changé après que plusieurs clubs où l’on pouvait trouver des soirées Riddim ou très underground aient fermé. Mais les autres genres sont quand même très puissants dans le pays.

05. Pour Obey : À quel point les scènes d’Amsterdam sont lourdes si on met de côté Ignition ? Aimes-tu le public aux pays bas et comment ressens-tu cette explosion du genre dans ton pays ?

Un peu après la découverte du Dubstep, ça a explosé à Amsterdam ( c’était il y a environ 10 ans). Je me souviens encore de la première grande scène où je suis allé. C’était Rusko, Kromestar, Vader et d’autres et à cette soirée Rusko jouait avec sa basse. Ces soirées là étaient incroyablement folles. Toutes les soirées Dubstep étaient sold out et il y avait toujours une queue énorme dehors. Il y avait habituellement beaucoup de soirées Dubstep et l’atmosphère était toujours incroyable. Les pogos ne poussaient jamais trop fort et ne faisaient jamais des trucs trop fous, c’était juste un pogo où les gens sautaient partout en masse, c’était trop cool ! Tout ça est un peu mort il y a quelques années vu que le nouveau son devenait de plus en plus underground (donc plus difficile d’accès à une masse de gens). Maintenant il n’y a plus que quelques soirées qui restent comme Ignition, 50 Hurtz, Sonic Boom, Night Grinderz (avec sa récente édition à Amsterdam) et une fois par an il y a la soirée/réunion Oi (c’est le nom de la soirée où j’ai vu Rusko). Mais ce n’est plus ce que c’était, malheureusement.

06. Comment expliquez-vous la démocratisation du Riddim depuis deux ans alors qu’il y a encore 5/6 ans où ce genre existait déjà, il était invisible ou presque ? D’après vous, comment expliquer le clivage existant entre anti et pro-Riddim, clivage qui n’existe dans aucun autre genre de bass Music ?

Obey : C’est du Dubstep, et ça a existé depuis bien PLUS longtemps que ce que les gens pensent. Quand tu regardes dans le temps, des gens comme Jakes, Cluekid, Coki (et Digital Mystikz), Skream et pleins d’autres qui faisaient du son très noir et assez gras. Ça a seulement évolué en ce qui est plus connu aujourd’hui et à un moment les gens ont appelé ça Riddim et un sous-genre est né. Mais à la fin de la journée vous pouvez dire ce que vous voulez, c’est du Dubstep. On dirait que beaucoup de gens aiment mettre des choses dans des boites et les mettre dans des catégories. (enfin c’est comme ça que je le vois). Si vous me demandez, ça ne vient pas seulement du Dubstep mais de beaucoup d’autres choses de la vie.

07. Parlons un peu b2b. Quelle est la valeur ajoutée d’un b2b par rapport à un set solo ? Est-ce plus facile pour vous ou plutôt plus difficile ?

Obey : Je pense personnellement que les b2b à tout va qui n’ont pas de sens ne sont pas quelque chose de bien, spécialement si les deux artistes ne se connaissent pas (ou pas bien). Normalement, ça se ressent lorsqu’il manque d’harmonie dans un duo quand on compare avec les autres artistes qui jouent. J’ai l’habitude de ne pas trop aimer jouer en b2b dans un événement avec quelqu’un que je ne connais pas, mais encore, ça doit être à cause de la peur car ils ne sont pas familiers. Mais, il y a des fois où des b2b qui ne se connaissent pas produisent des choses magiques. Faire un b2b avec quelqu’un que tu connais c’est une histoire complètement différente par contre. Je suis personnellement plus en confiance et c’est toujours un petit « battle » sympa, il y a toujours un échange entre les deux Dj’s. C’est cool, et c’est toujours incroyable d’être capable de partager une expérience qu’on a avec un ami DJ.

Shiverz : Bah, ça dépend de la personne avec qui tu fais le b2b, si il y a de la compétition ou si on ne s’entend pas ça ne va pas marcher. Il doit y avoir un certain déclic, tu ne peux pas juste mètre n’importe quel Dj en b2b. C’est sur qu’un set en b2b est plus difficile qu’un set tout seul.

08. Comment s’est formé votre b2b qui s’est imposé comme le b2b de référence mondiale en Riddim ? Vous avez conscience de la notoriété de votre duo ?

Obey : Avant de jouer en soirées, et encore aujourd’hui, Shiverz était et est toujours mon idole. J’ai l’habitude de toujours écouter CHACUN des mixs qu’il va publier. Il a été mon inspiration à devenir celui que je suis aujourd’hui (ce qui ne veux pas dire que je suis le meilleur, mais vous voyez ce que je veux dire). J’avais l’habitude d’aller à tout ses shows, de regarder chaque stream et de littéralement les étudier. Étudier ce qu’il fait, pourquoi il le fait et à quel moment, étudier la musique et sa technique et à un certain moment j’ai commencé à développer la même façon de penser que la sienne quand il jouait. On a fait un b2b une fois, je me souviens même plus à quel événement c’était, mais c’était incroyable et ça a très bien marché. Après, environ 6,7 ou 8 ans se sont écoulés et maintenant nous en sommes là (rires).

Shiverz : Obey et moi faisons partie de Monsters, Obey a été mon élève pendant plusieurs années et c’est devenu un très bon Dj. Ça m’est donc passé par la tête qu’on pouvait s’appeler « Team Butcher » et depuis, beaucoup de gens nous pose des questions sur notre duo.

Shiverz b2b Obey at The Black Box in Denver

09. Qu’est-ce qui rend votre b2b si efficace au-delà de la technique qu’on l’on connaît de vous deux ?

Obey : C’est ça le truc. Je pense que beaucoup de b2b sont des b2b (ça sonne stupide mais c’est vrai) où juste 2 Dj’s se passent la main l’un après l’autre pour jouer. On se connait tellement bien qu’on ne fonctionne pas comme deux Dj’s différents, on ne forme qu’un. Le nombre de fois où l’on a prédit le son que l’autre allait jouer, ou bien sélectionner le même son en même temps, c’est juste trop bien. C’est un autre niveau.

Shiverz : Ce qui fait qu’un b2b fonctionne, c’est la chimie entre les deux et le fait de penser comme une seule et unique personne, c’est fou parce qu’on choisit les mêmes tracks quand on fait des b2b c’est vraiment incroyable (rires) !

10. Vous passez un nombre incalculable de tracks dans vos sets, vous avez une idée du maximum que vous ayez fait lors d’un passage ? Une fourchette de ce qui nous attend pour Animalz ?

Obey : C’est presque impossible de mettre un nombre sur le maximum de tracks que l’on peut jouer, ça dépend de tellement de choses. On improvise et parfois c’est plus de tracks que d’autres fois. Parfois un track a besoin d’être rewind et d’être joué de nouveau parce que c’est hyper fat et comme ça on varie. Je peux dire une chose sur le set d’Animalz, c’est qu’on va jouer ensemble, ne faire qu’un, et je ne rigole pas !

Shiverz : Je dirais environ 50 tracks si ce n’est plus (rires).

11. Comment vous voyez-vous dans le futur de la Bass Music ? Pensez-vous que vous allez expérimenter de nouvelles variantes dans les temps à venir ?

Obey : Bien évidemment ! Je peux vous assurer qu’il y a toujours des gens qui vont innover et essayer de nouvelles choses. Des genres vont fleurir et d’autres vont mourir. Il n’y a pas de question sur ça ! Seul le temps peux nous dire ce que le futur nous réserve !

Shiverz : Il y a toujours de la place pour des nouveaux enfants si ils travaillent dur et se battent pour y arriver.

12. Votre souvenir préféré ensemble ? Vous avez forcément également un pire souvenir, un moment que vous auriez préféré ne pas vous rappeler ? Pour quelles raisons ?

Obey : Je ne peux sérieusement pas choisir. On a tellement joué ensemble et expérimenté de moments fous que je ne peux en choisir qu’un seul. Mais je pense que le Shelling Season Tour qu’on a fait récemment était quelque chose de très spécial. Ça va paraître prétentieux mais je pense qu’on a jamais vraiment eu de très mauvaise expérience.

Shiverz : Le meilleur moment a été le closing du Shelling Season Tour et pour être honnête je pense pas qu’il y ai eu de mauvais moments…

Shiverz & Obey at Shelling Season

13. Y a t-il un pays où le public Riddim se démarque particulièrement pour vous ? Que pensez vous du public français ?

Obey : Oh mon dieu oui. Certains pays ou même certaines villes aiment notre musique plus que les autres. Certains pays ou certaines villes s’y connaissent mieux donc seront plus critique vis à vis de ce que vous jouez. Il y a toujours des endroits qui sont plus répondant que d’autres. La France par contre c’est assez fou dans tout le pays. Les français, et Paris en particulier sont vraiment dedans et n’y vont pas de main morte quand ils écoutent du son !

Shiverz : Jouer du Riddim en France c’est une des meilleurs choses pour moi parce que vous savez vraiment comment faire la fête (rires) !

Pour terminer cette interview, avez-vous un mot à dire pour nos lecteurs ? Une annonce à faire peut être ?

Obey : Si tu es en train de lire ça et que tu commences à mixer ou à produire : crois en toi, travaille dur. Charbonne quand ils dorment, travaille quand ils font la fête, mais crois en toi car rien n’est impossible. J’ai vécu cette expérience et je ne peux même pas trouver les mots pour décrire à quel point je remercie la vie de m’avoir permis de vivre toutes ces choses incroyables.

Merci encore à Shiverz, Obey et à l’équipe Chwet pour cette interview. Nous avons qu’une hâte maintenant, c’est de les retrouver samedi dans un dock Pullman rempli d’animaux !

BASS IS LIFE, BASS FOR LIFE

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