Bass Interview #27 : Elisa Do Brasil

A l’aube de son show avec DJ Fly au Dream Nation Festival, nous sommes partis à la rencontre d’Elisa Do Brasil. Focus sur une actrice majeure de la Drum & Bass française et de son émergence.

 

1. Comment est-ce que tu as découvert la Bass Music et, quelles sont les différentes choses qui t’ont attirée dedans ?

Alors j’ai connu la Jungle, il y a très très longtemps en 96, donc j’avais 16 ans et j’aimais pas du tout la musique eléctronique en général. J’écoutais du Reggae, du Dancehall, tout ça. Du coup, ma meilleure pote m’a un peu obligée à aller au Rex un soir et j’ai pris la claque de ma vie. Les énormes subs, les MC, ça me rapprochait vraiment du Reggae, et de ce jour là j’ai jamais lâché. Après j’allais pas mal en free-party aussi, donc autres musiques. Je me suis quand même pas mal battue pour imposer de la Drum en free, c’était dur, c’était pas simple. On me laissait des fois passer à 14h le dimanche en remballant le son. Et aujourd’hui, je suis pas mal invitée en free pour jouer de la Drum donc c’est un peu une victoire d’imposer de la DnB partout, c’était un peu ma mission depuis 20 ans, quoi. Surtout de la faire découvrir, et de la faire aimer aux gens. Imposer n’est pas l’idée.

Ce qui m’a plu, je sais pas, c’est le rythme, les basses. J’aime faire passer dans mes sets mes émotions et tu le sens : quand je suis en colère, quand je suis bien, quand je suis pas bien ou pleine d’amour selon les mixes que je balance et/ou les morceaux en studio. T’entends vraiment tout ce que je ressens. C’est un bon exutoire et une bonne forme d’expression.

 

2. Est-ce que t’arrives dans un état-d’esprit différent quand tu joues en teuf ou en soirée ? Est-ce que t’as une préférence ?

Globalement j’aime tout, j’aime mixer. Concrètement je suis malheureuse quand je vais pas mixer. J’arrive dans un état différent selon mon état de fatigue, ma situation familiale. C’est sûr qu’en teuf c’est une autre approche selon l’heure à laquelle tu mixes, selon le sound-system pour lequel tu vas mixer, le club ou la ville. Il y a beaucoup de choses à prendre en compte, il y a des choses qui reviennent toujours. C’est vrai que si je vais mixer chez Kraken, je vais mettre des choses plutôt venere. La dernière fois en arrivant aux Rencontres Alternatives j’ai opté pour un set plutôt Deep, ce qui était assez compliqué, c’est assez dangereux de faire ça. Astropolis cet été, j’ai aussi opté pour des sons plus Deep, pleins de basses parce que c’est aussi la vibe dans laquelle je suis en ce moment. Et, j’ai eu très peur parce que finir la scène Hardcore sur des sons Deep Dnb, alors qu’on a l’habitude de m’entendre cogner plus, c’est risqué mais c’est passé. Ca dépend de l’état du moment, de l’endroit, de ce que t’aimes, y a des villes où il faut vraiment cogner même si t’as envie de passer ce que tu veux, tu dois quand même t’adapter aux gens, et aller chercher ce qui les fait danser. C’est pas toujours gagné, des fois quand tu connais pas, tu vas chercher dans tous les styles avant de trouver le truc.

Astropolis

3. Qu’est-ce que tu penses actuellement de l’émergence des artistes femmes dans la Drum and Bass ?

Je pense que c’est bien, qu’il était temps qu’ils se rendent compte qu’il y a des filles parce qu’il y en a toujours eu en fait. Il faut juste pas que ce soit utilisé de façon commerciale, comme le côté poser une fille là parce que c’est une fille, qu’elle est jeune, jolie. Il était temps qu’ils acceptent de nous laisser jouer parce que c’est ça qui était compliqué.
Je sais qu’au début les DJ’s anglais, ils étaient très contents que tu les bookes mais tu restais une petite nana que tu pouvais potentiellement embarquer et il y avait pas ce respect, tandis qu’aujourd’hui ils ont ce respect de la femme, de la musicienne. Mais on te dit encore « female DJ », c’est encore un truc qui me fait penser à un animal, « female » ça renvoie à quelque chose de bizarre. Je suis contente qu’ils se rendent compte qu’on est capable de jouer aussi, qu’on a des oreilles et des mains. Tant que ça ne devient pas un phénomène commercial. C’est vrai qu’ils ont tendance en général dans l’industrie de la musique ou quoi que ce soit à essayer de nous marketer, de nous utiliser. Je suis aussi passée par là, avec la maturité t’apprends a mettre ça de côté et à oublier ce côté-là, et à ne surtout pas rentrer dans ce créneau-là. Moi, je me dis « DJ » pas « DJette ».

 

4. On a eu le ressenti de DJ Fly, comment tu qualifierais votre show ?

C’est une rencontre, on est assez fusionnels en fait. J’ai toujours aimé le scratch et les scratcheurs et faire des choses avec eux. J’en ai fait avec Pawn, Crazy B, et d’autres sur toutes les années, je les ai rencontrés, ils ont joué avec moi. J’avais une soirée DB Unite à l’époque qui était au Triptyque, l’ancêtre du Social Club. On faisait du Hip-Hop au départ, Scratch ensuite puis Drum and Bass et moi j’invitais souvent les scratcheurs à jouer avec moi, donc j’ai toujours aimé ça.

C’est vrai que Fly c’est une relation particulière. La première fois qu’on a joué ensemble, ça l’a pas fait. Et on a plein d’amis en commun, les mêmes réseaux et on s’est retrouvés sur un festival tous les deux et on a dîné ensemble et depuis ce jour-là, c’est passé tellement crème. On a des espèces de moments ultimes, même si parfois on se cherche quand on s’est pas vus depuis longtemps et je change de style. Je suis devenue plus pointue ces dernières années donc, pour lui c’est moins facile. Avant ça l’était quand j’envoyais les gros Viper. Mais il cherche, il balance des acapellas dessus, je trouve ça très intéressant.

 

5. Quels sont tes futurs projets, et est-ce que tu peux nous en parler ?

Ah bien sûr ! J’ai plein de projets ! Il y a pas mal de choses, je bosse en prod’ depuis un moment, ça fait à peu près quatre ans ou cinq, ou six que j’ai pas sorti un album. Alors, il faut savoir que les albums précédents je les ai fait en bossant avec DJ Ben, avec une autre approche. Là, je travaille seule donc j’ai fait le tri l’autre jour et j’ai largement de quoi faire un album. Donc, continuer à produire, améliorer ces morceaux, les sortir donc soit les séparer en EP mais j’ai vraiment envie de ressortir un nouvel album parce que c’est vraiment une histoire de vie. J’ai un show qui va aller avec, j’ai à peu près tout en tête déjà parce qu’on a déjà fait une résidence en janvier dernier, le truc a pas trop pris mais comme j’avais pas d’actu, ça a pas été défendu comme il fallait mais je pense que tout va s’imbriquer rapidement.

Et puis, continuer à tourner, continuer les Forever DNB qui sont vraiment cool, qui prennent une ampleur plus grande et surtout, je suis contente de la direction musicale qu’on prend, ça m’a beaucoup apporté, ça a changé beaucoup de choses pour moi.

Forever DnB

6. Ton plus beau souvenir en tant qu’artiste ?

J’en ai des millions, je ne sais même pas te dire. Y a mon premier Astropolis, qui était la première soirée où j’ai été booké. C’est juste énorme, c’est le festival de musique électronique français qui existe depuis 23 ans, et ça fait 19 ou 20 ans que j’y vais tous les ans et que j’y joue.

Il y a également mon premier Rex, en 1999, ce qui est quand même dingue de te retrouver là quand t’as 19 ans et que tu mixes pas très bien, que tu te retrouves à pouvoir faire une soirée mensuelle où tu peux booker tous les gens que tu veux. Ce sont des rencontres avec les artistes, c’est DBridge à une Forever. Ce sont beaucoup de moments au Rex, c’est réussir à faire aimer la Drum à quelqu’un qui n’aimait pas du tout la musique électronique ou du tout la Drum.
J’ai des moments où je suis allé jouer sur des compet’ de surf, tu te retrouves près de l’océan. Je me suis retrouvée en Nouvelle-Calédonie. Ce sont plein de petits moments qui font que tu continues à y croire et que du coup tu continues ton chemin. J’espère qu’il y en aura d’autres, car il y a plein de moments de doute, donc ce sont ces moments-là qui font que tu t’accroches et que tu continues.

La rencontre de tout le petit crew Forever, parce qu’ils me donnent une force en permanence et je suis pas toujours facile. Ils m’aident beaucoup à chercher, à trouver des nouvelles choses, j’ai l’impression d’avoir évoluée et de tellement progresser depuis qu’ils sont là.

 

7. Est-ce que t’as déjà exercé une autre profession ?

J’ai fait beaucoup de beaucoup de baby-sitting, ce qui m’a permis de payer mes platines. J’ai travaillé comme vendeuse, fait de la restauration, je ferai plus jamais ça de ma vie. J’ai travaillé sur la deuxième édition de la Techno Parade où j’étais stagiaire, alors pareil, je suis pas trop faite pour travailler dans un bureau. Quand ça va pas très bien, je me demande ce que je pourrais faire d’autre, et je peux rien faire d’autre. En tout cas, je me vois pas faire autre chose.

 

8. On a pu te voir enceinte en train de mixer, qu’est-ce que ça t’a fait de mixer comme ça ?

C’était génial, c’était hyper cool. En fait, j’ai aimé être enceinte, c’est pas le cas de toutes les femmes et moi j’ai adoré. J’étais pleine d’hormones donc tout était cool, les couleurs plus belles, tout était mieux. J’ai eu moins de problèmes avec moi-même parce que c’est vrai que quand t’es une femme, tu grandis, t’es plus en accord avec plein de choses. Je mixais bien. J’étais plus calme, plus reposée, plus concentrée et plus carrée, et puis j’aimais bien en fait. Elles s’endormaient dans mon ventre et après, quand j’arrivais à l’hôtel elles tapaient. J’ai fait plein de musique en étant enceinte et c’était rigolo, c’était comme si elles tapaient quand il y avait un truc qu’elles aimaient pas. Ca m’a apporté vachement de faire ça. Et puis, c’est là que tu sais que tu vas jamais t’arrêter, c’est le médecin qui t’arrête à 8 mois et demi.

9. Comment aujourd’hui en tant qu’artiste et maman tu arrives à concilier les deux ? Est-ce que la Drum and Bass fait vraiment partie du quotidien de tes enfants ?

C’est super tendu. Pour la Drum, je leur impose pas de trop parce que je veux qu’elles puissent choisir, et puis à la maison il faut aussi des moments de break. Ma grande aime le Reggae donc on écoute David Rodigan ensemble. C’est apaisant à la maison. Je mets de la Drum le soir quand elles dorment, des fois on fait des « cap ou pas cap de dormir avec de la Drum and Bass », donc elles reconnaissent clairement la Drum and Bass, elles en sont fières. Mais je ne leur impose pas d’être des Junglists, d’écouter les morceaux, de connaitre le nom des morceaux.
Après, c’est assez difficile à gérer de ne pas être là le week-end, d’être décalée, d’être crevée quoi. S’occuper des enfants, des devoirs, de la maison, des activités et quand elles arrivent enfin à s’endormir, ta troisième journée commence. Je passe des heures à faire des sélections, chercher des trucs à écouter, du coup, y a une deuxième vie qui commence dans la nuit. Avoir des enfants ça te donne aussi une rigueur.

 

10.  Est-ce que tu peux nous parler de la Bass Music en Amérique du Sud ?

Pas beaucoup, parce que j’y suis pas allée depuis longtemps. En Colombie ça cartonne, y a RE.SET qui font énormément de choses et toute l’équipe. Je vais te parler plus de Drum & Bass que de Bass Music en général. Je peux te parler de la Drum and Bass au Brésil, il y a eu des très hauts, des bons bas et là j’ai l’impression que ça revient un petit peu. A l’époque de DJ Marky et Patife, vers 2002 y a eu un gros essor. Le fait que Marky se mette à tourner partout, Patife a suivi, ça a bien pris, y a eu plein de fêtes partout au Brésil, et puis ça s’est un peu estompé. Et puis là, récemment y a énormément de producteurs Brésiliens vraiment bons, comme Jam Thieves, Alibi, S.P.Y. Du coup, la Drum revient très bien, la scène est en train de grossir, il y a des producteurs vraiment top. Je les suis, on se parle, ça fait partie de mes projets de retourner là-bas pour y jouer. Parce que j’y jouais à l’époque mais, y a un temps pour tout.

DJ Marky
DJ Marky / Chelone Wolf Photography

11. Avec quels artistes t’a fait des collaborations, et quels sont ceux avec qui tu as eu les meilleures expériences ?

Récemment, enfin, depuis peu je bosse avec Bobby. Il est très très bon, et au départ j’avais un peu peur de lui demander de faire du son avec moi parce qu’il a un niveau. Et en fait, il était très content, il a découvert la Drum en m’écoutant donc, c’est mignon. On a 20 ans d’écart et le mec est juste incroyablement brillant ! J’ai bossé avec vachement de gens en studio, mais Bobby tu prends des claques, il fait de la synthèse donc tu le vois, triturer ses trucs, faire des basses, et puis d’un coup il te regarde avec ses yeux de démon quand il a trouvé le truc, et j’ai trouvé ça hyper agréable de bosser avec lui. On a pondu un EP en quatre, cinq sessions. En gros, à chaque session on a pondu un track et ils me plaisent, je les joue, ce qui est pas toujours le cas quand tu fais des morceaux, y a toujours un truc qui va pas, ou que t’assumes pas et là, je les joue vraiment tous et je les kiffe ! En plus le mec est vraiment cool.

J’ai travaillé pendant longtemps avec DJ Ben qui est un vieux de la vieille, c’est un des premiers producteurs Junglist français et j’ai fait mes deux albums avec lui donc c’est pas rien quoi. J’ai bossé avec Youthstar longtemps, c’était mon premier MC, il a commencé à tourner avec moi donc c’était vraiment cool. C’était très fusionnel aussi, on a vraiment appris ensemble, y a des moments où il était dos à moi, j’avais même pas besoin  de voir sa bouche ou de l’entendre pour cuter, tellement on était connectés et les choses passaient quoi. Y a eu Miss Trouble avec qui j’ai tourné pas mal de temps aussi, donc ça devient des amis, des relations humaines.

Cet été, j’ai joué avec Zhi des Puppetmastaz. En fait il est venu au festival, il jouait le samedi et moi le vendredi. Il est venu la veille pour jouer avec moi, j’ai reçu un message « Bon bha je suis là, je suis venu pour jouer avec toi ». Et en fait, c’était un jour où j’allais pas très bien, j’avais pas beaucoup d’énergie et le fait de jouer à deux avec lui, ça m’a redonné une patate et c’était vraiment cool, donc je pense qu’on va recommencer aussi.

12. Nous on a l’habitude de la scène actuelle, mais est-ce que tu peux nous dire comment c’était dans les années 90 ?

Bhein c’était mieux avant ! Non, je déconne. Je suis arrivée à la fin des années 90 et j’allais beaucoup en free-party à l’époque donc c’était encore un autre délire. Et pour la Drum en tout cas, y a toujours eu Toulouse et Le Bikini. Ils ont toujours eu une culture incroyable avec cette salle incroyable.

C’était différent parce qu’on avait moins accès à internet, c’était le début d’internet donc on n’avait pas accès aux mixes aussi facilement, ni aux morceaux. Pour avoir un dubplate ou une promo fallait aller chercher les disques dans les labels. Je partais à Londres, j’allais dans les labels un par un pour choper les promos. Ou alors c’est les Anglais, on s’échangeait par AIM (ancêtre de Messenger) où on pouvait s’envoyer les morceaux, et quand t’étais connectée avec les DJ Anglais ou les labels et c’était fou quand tu pouvais recevoir les dubplates. Et quelque part, à ce niveau je trouve que c’était pas mal parce qu’on découvrait la musique en y allant, y avait pas tous les nouveaux outils, qui sont très cool, mais on mixait avec des platines, des disques, nos oreilles et il fallait vraiment te battre pour devenir DJ, avoir un truc en plus. C’est pas méchant ce que je dis, aujourd’hui j’ai chopé un controller pour bosser à la maison pas fort, pour pouvoir bosser mes mixes et pas avoir mes platines. Donc si tu veux je peux comprendre ce côté-là quand c’est pour du taf mais maintenant, t’as des gens qui arrivent avec des controller en soirée, qui se disent DJ, qui s’estiment DJ, qui mettent en synchro… Alors après, c’est pas pour faire ma vieille qui critique tout, c’est juste que ça apporte un truc moins intuitif qu’à l’époque et presque trop facile pour tout le monde de devenir DJ. Après avoir un controller et des petites enceintes, ça te permet quand même de bosser et de faire des meilleurs sets et tout. Mais c’est quand même énervant de voir n’importe qui, n’importe quel mannequin russe qui devient DJ ou Paris Hilton, ou n’importe quel exemple ou même un gamin qui arrive qu’est là depuis un an ou deux, qui estime avoir la science infuse parce qu’il passe sa vie sur internet à checker des tutos et qui finalement n’a pas connu toute l’histoire du truc, n’a pas vécu les choses, pour qui un mix doit être parfait à 100%, calé au bon endroit, on perd un peu d’authenticité.
Un mix avant ça groovait, même si aujourd’hui avec Serrato le numérique t’aide, t’as la wave en visuel mais comme je joue sur platines j’ai quand même pas le bouton synchro. Ca t’aide quand même un peu, t’as plus mal au dos. Mais après, tu peux aussi le visualiser sur le vinyle. On peut lire un vinyle aussi bien qu’une wave.

Il y avait ce côté où il fallait te bouger le cul, c’était un monde à part, moins reconnu, moins facile. On avait pas d’énormes trucs et indécents comme David Guetta par exemple. J’ai rien contre lui, c’est juste qu’il y avait pas tout ce côté-là où certains vont faire semblant de jouer.
Il y a même eu la période où on n’avait plus de respect pour toi parce que t’étais trop vieux. Aujourd’hui y a quand même un retour au respect et c’est pas mal. On revient vraiment aux fondateurs, aux gens qui m’ont fait découvrir ce domaine, alors que j’étais la première à en oublier certains.
Par contre en France, on était très cons et au lieu de s’entraider et de porter notre mouvement ensemble, on se tirait dans les pattes, ce qu’on ne retrouve plus aujourd’hui où on se considère comme une famille de Junglists, notamment avec les jeunes qui arrivent.

 

13. Du coup qu’est-ce que tu penses de l’évolution de la Drum & Bass? notamment en France.

Je suis hyper contente de la DnB actuelle. Y a eu des moments où il n’y avait plus rien qui me plaisait, où même aux platines ou en production je me perdais dans des trucs qui n’étaient pas top. Il y a un moment où ça a vraiment pris un tournant vraiment pas terrible, ça s’est bien essoufflé, même chez les plus gros. Et là, aujourd’hui, musicalement ça devient très intéressant parce qu’il y a plusieurs familles, plusieurs créneaux. Y a autant le Jump Up que le côté Neurofunk qui a pris une énorme place à un moment. Mais du coup en ce moment, y a toute la Drum que nous on défend qui est plus Deep ou plus Jungle qui revient en force et je trouve ça archi cool !

Je trouve ça bien qu’il y ait tous ces courants, j’aime bien tout mélanger dans mes sets mais c’est vrai que plus ça va, plus je prend le parti de ces trucs un peu plus groovy, je mets quand même du mental et venère dans mon groovy mais je suis hyper contente de ce que j’entends en ce moment sur les productions et ce que je vois de la scène qui mondialement grossit partout, partout, partout. On voit que chacun peut y trouver son compte en fonction de ce qu’il est, grâce à des festivals comme Let It Roll, Outlook, etc. Et même à Paris, je trouve qu’on retrouve ça aussi, avec Chwet, Get In Step, Creammix, et nous (Forever DnB). Je suis hyper fière qu’on en soit tous là, que ce soit mondial ou Français, je kiffe.

Outlook.jpg

14. Comment t’as ramené la Drum and Bass au Rex Club ? Sachant que c’est un lieu très axé Techno.

J’ai eu vachement de chance dans ma vie musicale en général, parce que quand j’étais stagiaire à la Techno Parade j’ai rencontré le mec qui faisait les soirées Jungle avant moi. C’est un des premiers DJ Jungle français, il a lâché ses soirées, les Jungle Vibe je crois. J’ai eu l’opportunité de récupérer ce créneau-là, donc on est allés voir le patron du Rex. J’étais très attachée au côté gratuit. On lui a proposé une soirée qui s’appelait Massive, et qui a eu beaucoup d’importance pour la DNB en France, qui a aidé à démocratiser le truc à mort et on lui a proposé une soirée gratuite, dans l’esprit des soirées Respect (soirées House au Queen, gratuites) et des free-party, comme je venais de là.

Je savais à peine mixer, donc quand j’ai fait ma première soirée je me suis mise en warm-up. J’ai appris à mixer au Rex, c’est une chance indécente. Le patron nous a dit « oui », et j’ai ramené un truc un peu différent de ce qu’il se passait dans la Drum à Paris, que ce soit au niveau des graphismes, et surtout on a fait le pari de faire mixer aussi des gens qui ne mixaient pas de Drum à l’époque. Sur la première, il y avait Manu le Malin qui venait faire un set Drum ; on a booké Le Lutin, qui est dans Signs maintenant, et Youthman avec qui je fais encore des trucs maintenant. On a déposé des flyers au Black Label qui était le QG des Junglist de l’époque. Les gens étaient sceptiques à l’idée d’une soirée Drum au Rex, et sur la première on a fait 1200 personnes, et tous les mois on a cartonné. Le principe c’était ça. On a fait Sex Toy avec Jennifer Cardini, grande dame de la musique électronique française. On a fait Laurent Garnier pour les cinq ans en invité surprise, on a fait DJ Marky, Jamalski qui arrivait juste en France. Donc on a été chercher d’autres gens. On a rameuté un autre public qui venait découvrir la Drum comme ça au Rex, et une fois par mois c’était blindé ! Tout le monde venait à Massive, c’était le rendez-vous.

J’ai fait un stop pendant 3 ans, et pour les 25 ans du Rex Club, le directeur m’a invité et proposé de refaire une équipe et de remonter les soirées sous un autre nom. Et du coup, on est repartis et ils sont assez attachés à nous au Rex quand même. C’est des gens qui font ça par amour. Je suis très attachée à toute l’équipe du club en général, qui est contente de nous accueillir, je pense qu’on fait partie vraiment de l’histoire du Rex. J’ai grandi là-bas, j’aurais jamais rien fait sans le Rex. Ca fait partie de leur histoire, je pense qu’ils en sont contents et fiers. Ils m’ont poussée à revenir et ils prennent des risques incroyables à faire jouer des plateaux qu’on n’a pas l’habitude de voir.

Forever Elisa All night long.jpg

15. As-tu un dernier mot pour tes fans ?

FOREVER DNB, FOREVER LOVE. Merci pour toutes ces années, ça fait 20 ans que ça dure et qu’on me suit pour le meilleur et pour le pire, parce que ça n’a pas toujours été simple, parce que je ne suis pas toujours facile. Parce qu’il y a eu des moments où j’étais moins bonne que d’autres. Que ce soit les organisateurs, le Rex, Astropolis, ma petite équipe de folie, juste merci d’être encore là, de me soutenir. Déborah surtout de Dream Nation, ça fait 3 années de suite qu’elle me fait porter sa scène et j’ai de la chance.

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